Anita : Tout d’abord, merci à Gilren de nous
laisser intervenir en temps si rapproché. Une fois n’est pas coutume ! Mais gaffe à ton vocabulaire! J'ai eu quelques remarques acerbes de la censure. Ton beurre de la veille, il est mal
passé! Un peu gras a-t-on dit à la rédac en chef que je suis.
Camomille : Fabius aurait porté réclamation? Le
jaloux! Comme pour les autres, y a pas plus de Fabius que du beurre au phallus ! Oui, si hier, nous témoignions de notre sympathie pour Ségolène, aujourd’hui c’est pour Tony
le convoyeur que notre cœur s’emballe.
A : Oué ! N’allons pas trop vite en
besogne ! Voyeur, je n’sais pas, mais con, ça oui, et plutôt largement sur les bords. Voilà un type qui se fait un max de fric sans avoir travaillé plus, qui est reconnu comme un héros par
la France profonde, et qui finalement se déballonne deux semaines après son coup de génie . A en pleurer !
C : Va savoir ! La perspective de devoir
fuir sans cesse et de ne pas dormir la nuit l’a peut-être fait gamberger. Maintenant, une fois son fric bien caché et avec un avocat à la hauteur, il peut se permettre une retraite de deux à
trois ans en prison. En ressortant, c’est une autre retraite qui l’attend, mais dorée celle-là !
A : Cette histoire n’a jamais été nette !
Explique-moi un peu ? Tu es fliquette et tu trouves le box où est recelée une dizaine de millions d’euros, l’argent du fourgon. Est-ce que tu
t’empresses de prendre le fric en photo et d’envoyer tout ça à la presse ?
C : Ben non, ma chère Anitson ! C’est
élémentaire ! Je mets une équipe en surveillance jour et nuit pendant une quinzaine de jours qui cueillera le gugusse dès qu’il viendra chercher un peu d’argent de poche. Au lieu de ça, ils
alertent ciel et terre et Tony a tôt fait d’être au parfum. Des débutants ces poulets de seconde zone !
A : A moins que ce gars là ne soit pas un
boulimique et qu’il ait eu besoin seulement de deux unités.
C : Ce serait un bel égoïste alors. Il aurait
pu faire une petite distribution dans les boîtes aux lettres du quartier et faire pas mal d’heureux un mois avant Noël. Quel gâchis !
A : C’est sûr que c’aurait été plus judicieux
que cette distribution de débiles faite dans les rues de Paris.
C : Parlons peu, parlons bien ! Ce qui est
intéressant maintenant, c’est de savoir où sont passés ces deux millions d’euros net d’impôt . C’est tout de même une somme rondelette, même si ça reste dérisoire pour un banquier voleur sous
protection de l’Etat.
A : Vois tu ma chère Camomille Marple, en
admettant qu’il ait caché ce fric, car il peut très bien se l’être fait piquer par plus grand que lui, il nous faut étudier les quelques possibilités de cachettes où il est
enfoui.
C : Enfoui, as-tu dit ? Cela voudrait dire
qu’il est forcément enterré ?
A : Tu l’as dit bouffie ! Y peut pas
l’avoir mis dans une banque ! On serait vite remonté à lui . Pas plus dans un box comme le coup d’avant. Comment paierait-il la location en prison si on admet qu’il est seul sur le coup. Pas
d’avantage dans une consigne de gare. C’est pas éternel ces boîtes là et c’est juste bon pour y remiser des cadavres coupés en pièces dans des valises à trois sous. Alors, où mon cher
Lieutenant ?
C : Au fond d’un
jardin ?
A : Bedouille ! La police même si elle
manque de malice aura tôt fait de remonter au jardinier de ses connaissances.
C : Dans la forêt
alors ?
A : Elémentaire ma chère Camson ! Si les
arbres pouvaient parler, ils t’en raconteraient des vertes et des pas mûres. Les forêts regorgent de secrets inavouables. Des cadavres en pagaille qui pourrissent sous l’humus et des trésors qu’
Ali Baba n’auraient jamais pu accumuler.
C : Sauf que la forêt en France, ça recouvre
pas mal d’hectares !
A : Pétouille ! Mais y faut faire dans le
sélectif ! Ce type a un cursus, un passé ! Il est né à St Martin d’Hères dans l’Isère à deux pas de chez Gilren , là où est née sa fille Fanette. Peut-être même ont-ils été voisins de
berceau les bambins ? Tony peut très bien revenir aux sources. Non loin, se trouve le bois du Mûrier. Y a de quoi retourner une
pelle !
C : J’ai entendu dire qu’il était aussi
propriétaire de murs à Romans, le pays de la pogne et de la chaussure. Là aussi, c’est pas la forêt qui manque. Le Vercors est tout proche !
A : Je veux ma nièce ! Tu commences à
rentrer dans ton rôle ! Tout près de Romans, y a Saint Pierre de Chérennes, l’endroit où les scouts du Temple Solaire avaient organisé leur barbecue. Tu vois, y a pas trente-six endroits où
on peut retrouver le flouze.
C : Et pourquoi pas à
Monaco ?
A : Bedouille ! Y a pas de forêt à Monaco
ou alors, c’est de l’artificielle. C’est que du rocher et de l’eau trouble ! Et puis, même si notre gars n’est pas malin, il irait pas cacher son fric à l’endroit le plus corrompu de la
planète pour le retrouver au final blanchi de chez blanchi à ne plus pouvoir en lire les chiffres. Une demi mondaine, un footballeur ou un tennisman aurait tôt fait d’y mettre la main dessus.
Non, crois moi, ce fric, il faut pas aller le chercher chez les princesses ou dans la forêt de Bombon. Il est enterré entre Grenoble et Romans et les plus malins doivent s’atteler à la tâche. Une
pioche, une pelle, une bonne paire de bottes et en avant l’aventure !
C : J’avoue que je suis sous le charme de votre
analyse Madame la Commissaire. Elisabeth Georges et Patricia Mac Donald ne vont pas manquer de s’inspirer de votre perspicacité policière. J’ai ouï dire que notre ami Gilren était parti à la
chasse au trésor par les chemins du Sud-Est . C’est que depuis que ses enfants lui ont offert un super GPS Evadéo, conçu par la maison IGN, il passe
ses journées avec. Il le branche même en simulation la nuit sous son oreiller et ça lui dit dans son sommeil s’il doit tourner à gauche ou à droite. Le matin, il est fourbu comme c’est pas possible.
A : M’en parle pas ! Il a un p’tit vélo
dans la tête !
C : En plus de l’auto, ce GPS est même
prévu pour les randonnées à vélo ou à pied. C’est dire s’il va pouvoir aller fouiller ici où là pour dégoter le magot.
A : Et puis, si les biffetons venaient à faire
défaut, y pourra toujours se rabattre sur les châtaignes.
Commentaires Récents